Vous souvenez-vous de cet air folklorique? En rappel:
Après avoir tondu les moutons, c’est le temps de traiter ces toisons pour en faire de la laine prête à utiliser pour l’artisanat.

Le processus comporte plusieurs étapes, plutôt longues lorsque faites manuellement : laver, carder, filer. Gestes répétitifs, la poussière qui se dépose, la lanoline sur les mains. Mais n’est-ce pas le plaisir de travailler la fibre?
Biquette-Écopâturage, c’est aussi la découverte des techniques de traitement de la laine, de son importance dans l’histoire de l’humanité. La laine est utilisée depuis plus de 10 000 ans.
De nombreux ateliers d’initiation aux techniques laineuses sont offerts gratuitement au cours de l’été. Ils permettent aux gens de tout âge de toucher la laine à toutes les étapes de traitement, d’essayer les outils et peut-être de se découvrir un nouveau loisir!
La laine des moutons, c’est nous qui la lavaine
La laine des moutons, c’est nous qui la lavons

Lors de la séance de tonte du printemps, nous avions trié les toisons selon leurs qualités et limites. Alexina Hicks est revenue en juin pour un atelier plus détaillé sur l’utilisation des toisons brutes. Tout d’abord, il faut retirer les parties trop sales. On ne les jette pas! Ces rejets peuvent servir de paillis au jardin, grâce à leurs qualités thermiques et fertilisantes. Rien ne se perd. Toutefois, lorsqu’on achète une toison brute, on peut estimer qu’on obtiendra 50% du poids en laine utilisable.
Alexina nous montre comment ranger la toison dans des sacs en filet, en identifiant le sens de la fibre et l’empilant en blocs. Elle sera ensuite plus facile à carder ou peigner.
L’étape du lavage est délicate. Il faut éviter les chocs thermiques, surtout de chaud à froid. Les écailles de la laine se refermeraient et on obtiendrait du feutre, ce qui n’est pas l’effet désiré ici.
Nous avons donc plusieurs sacs en filet, contenant nos toisons triées. Plusieurs bains sont nécessaires, car les moutons accumulent sur eux poussière et brindilles. Le premier bain se fait à l’eau tiède, avec ou sans savon, pour une trentaine de minutes. On rince ensuite et on recommence jusqu’à ce que l’eau ressorte claire. On ajoute un savon doux au dernier bain, sans jamais monter à plus de 55°C.
Une fois la toison propre, on peut la mettre à la laveuse en mode essorage. On finalise par un séchage en plein air ou dans un endroit aéré. On obtient des sacs de laine prête à carder ou peigner.
La laine des moutons, c’est nous qui la filaine
La laine des moutons, c’est nous qui la filons

Sautons l’étape du cardage ou du peignage (simples avec les bons outils) pour débuter le filage.
Il existe plusieurs méthodes de filage, du modeste fuseau au rouet électrique. Alexina nous apprend le fuseau suspendu et le fuseau turc. Ce sont des outils primitifs, qui ont façonnés la civilisation humaine partout dans le monde.
Passer de la fibre brute au fil a permis des inventions telles que le filet de pêche, les paniers, les bâches et bien sûr les vêtements qui ont permis à nos ancêtres de survivre dans des climats hostiles. Avec le fil vient la créativité du tissage, les textures, les motifs culturels. En apprenant à filer on renoue avec les débuts de l’humanité.
Le principe de base est que la torsion permet de garder les fibres ensemble. Le fuseau canalise l’énergie de la fibre et la solidifie.
Plusieurs facteurs influencent la qualité du résultat final : la race de mouton, le type d’élevage, la préparation de la fibre, l’humidité ambiante, et bien sûr l’habileté de la personne qui tient le fuseau.
Il faut de la pratique pour réussir à faire tourner régulièrement le fuseau suspendu, pour obtenir un fil de grosseur uniforme. Au début, le résultat est inégal. Mais peu à peu, on régule la vitesse et la quantité de fibre qui descend.
C’est la patience qui permettra d’adapter notre geste à la fibre et à l’outil.
Que fait-on ensuite avec ce fil?
Il faudra probablement le doubler pour pouvoir le tricoter ou crocheter car le résultat est un fil simple (single ply). Il pourra être utilisé simple pour le tissage.
Le feutrage se fait lui à partir de la toison lavée et cardée, sans être filée.
Il existe deux façons de feutrer la laine : humide ou à l’aiguille. Toutefois, les deux méthodes partent du même principe : la laine est composée d’écailles. En les entremêlant, on crée un du relief, des formes, du modelage.
Pour le feutrage humide, il s’agit de frotter la laine avec une eau chaude savonneuse. Ceci colle ensemble les écailles et permet de créer des panneaux de feutre ou des objets modelés (pantoufles, chapeaux, sacs, etc).

Un atelier offert par une bergère bénévole de Biquette-Écopâturage a permis de nous initier au feutrage à l’aiguille. Il s’agit d’une technique simple, à sec, avec pour outil une aiguille à feutrage.
On peut ainsi fabriquer de petites formes : personnages, décorations, tableaux feutrés, etc.
On commence avec une petite boule de laine, qu’on pique à l’aiguille. Peu à peu, la forme devient dense, ferme. On peut alors s’amuser avec des laines de couleurs différentes, ajouter des détails. C’est une technique indulgente car on peut facilement corriger nos erreurs. De plus, la quantité de laine utilisée est négligeable : avec 8 g de laine, on fabrique un petit mouton décoratif.
Tant de possibilités d’exprimer notre créativité, de se connecter à la fibre et au travail manuel, loin des écrans!